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Le marché ne se règle jamais par communiqués, armes ou décrets
21-09-09 21:37
Il y a: 351 days


AUTEUR : MAMADOU BARRY



La semaine dernière, l’opinion a assisté, une nouvelle fois, à un communiqué du CNDD fixant, de la manière la plus arbitraire, le taux de change du Franc Guinéen à 4 800 FG pour un Dollar Américain à l’achat et 5 000 FG à la vente. On se souvient de cette pratique courante avec les précédents gouvernements du Général Conté pour la valeur guinéenne, le sac de riz et pour le kilo de viande.



L’opinion se souvient également que ces tentatives ont toujours échoué et personne ne se demande pourquoi cela ne fonctionne pas. Et les cadres qui sont impliqués dans ces analyses savent que cela ne peut marcher et ne l’expriment pas publiquement.

Essayons, ensemble de voir un peu ce qui se passe en quelques lignes pour que l’opinion puisse comprendre le principe de base selon lequel le marché ne peut être réglé par les décrets ou la force des armes, mais purement et simplement par la loi de l’Offre et de la Demande ou la loi du Marché.
En situation de concurrence parfaite, le marché est régulé par la loi de l’offre et de la demande. Cela veut dire que lorsqu’un bien est rare parce que tout le monde veut l’avoir, le prix de ce bien augmente. A l’inverse, lorsqu’un bien est abondant sur le marché et que le consommateur a l’embarras du choix, le prix de ce bien diminue.

Dans tous les cas, il est certain que l’Etat n’a de rôle dans ce processus que pour s’assurer du bon fonctionnement de la loi du marché et non de modifier cette règle de quelque manière que ce soit. Il est arbitre.

Maintenant, dans l’un ou l’autre cas, il y aura variation jusqu’à un point d’équilibre que l’on appelle le prix du marché, c'est-à-dire le point où l’offre est égale à la demande.

 Ce principe est de Alfred Marshall (Londres 26 juillet 1842 - Cambridge 13 juillet 1924), économiste britannique, et l'un des pères fondateurs de l'école néoclassique[], qui est l'un des courants de pensée dominant actuellement en économie, et l'un des économistes les plus influents de son temps[].

En situation de Monopole, c’est-à-dire lorsque nous avons un seul fournisseur, le consommateur n’a pas le choix et pour un bien précis, il paiera le prix que le seul fournisseur fixera et la concurrence ne jouera pas dans ce cas. On a vu Sotelgui à une époque et on voit EDG et SEEG aujourd’hui, c’est le consommateur qui perd.

Pour revenir maintenant à notre problème, ce principe est valable pour les trois cas qui nous concernent et qui sont la Monnaie, le Riz et le Kilo de Viande :

   1. La Monnaie : Au lieu de laisser la loi du marché fonctionner, l’Etat intervient pour fixer le taux de change. Cela a des conséquences. En effet, l’Etat ne peut fixer ce taux que lorsqu’il peut assurer la fourniture de devises de manière à satisfaire la demande. Or, on sait que l’Etat n’a pas de devises. A court terme donc, ce taux peut être respecté. Mais à moyen terme, ceux et celles qui ont les Dollars vont les garder et cela va entraîner une rareté du Dollar et donc une hausse des cours. Nous savons que nos pèlerins, bientôt ; auront besoin de Dollars pour leur Hadj. L’Etat n’ayant pas les moyens de leur fournir les Dollars à 4 800 FG, ils vont devoir se débrouiller sur le marché et la rareté ou la forte demande va faire en sorte que le prix de 4 800 FG ou même      5 000 FG ne pourra être respecté. C’est justement ce que nous vivons depuis une décennie et on voit que cela ne marche jamais ;


   2. Le Prix du Riz : Au lieu de laisser la loi du marché fonctionner, l’Etat intervient pour fixer le prix du Sac. Cela a des conséquences. En effet pour livrer le riz sur le marché, les opérateurs économiques ont eu des coûts à supporter. Et comme la plus grande partie du riz consommé en Guinée est importé, et comme l’Etat ne fait rien pour stimuler la production locale, il ne peut pas fixer de façon arbitraire les prix du sac sans tenir compte des besoins du marché. C’est la raison pour laquelle depuis le temps de Conté, la fixation des prix du sac de riz n’a jamais été respectée. Ce qui arrive, c’est que le riz disparaît du marché pour un temps et cela entraîne automatiquement une hausse des prix rendant le prix fixé caduque avant même sa rentrée en vigueur. on voit que cela ne marche jamais ;


   3. Le Prix du Kilo de Viande : Au lieu de laisser la loi du marché fonctionner, l’Etat intervient pour fixer le prix du Kilo de Viande. Cela a des conséquences. En effet, comme le riz, dès que le gouvernement tente de fixer le prix du Kilo de Viande, elle disparaît du marché et forcément les prix grimpent comme pour défier les autorités. Cela vient du fait que les consommateurs se ruent vers les boucheries ciblées dans un premier temps et les autres fournisseurs de viande qui ne trouvent pas ce prix intéressant pour eux retirent la viande et cela diminue l’offre sur le marché et donc les prix augmentent, rendant ainsi le prix fixé par l’Etat caduque. on voit que cela ne marche jamais.

Les Economistes qui sont mieux outillés que mois pourront me démentir et apporter quelques éléments de clarification pour alimenter le débat.

Dans tous les cas, une chose reste claire, c’est que la monnaie ne peut être soutenue que par la création de richesses. Cette création entraîne le potentiel d’exportation et donc de rentrée de devises. C’est simplement les réserves en devises, entre autres, qui peuvent permettre et aider à soutenir une monnaie.

On retiendra donc que la monnaie ne peut-être soutenue que par la création de richesse. Dans cette création de richesse, on peut parler de production agricole et animale pour permettre une abondance sur le marché local. Seule cette abondance pourra permettre d’augmenter l’offre et de diminuer le prix.

Pour ce faire, le gouvernement ferait mieux d’investir dans la production agricole et animale locale, afin de permettre de répondre à la forte demande actuelle et cette hausse de l’offre diminuera les prix tout en permettant aux agriculteurs et éleveur de hausser leur revenu.

C’est cette stimulation de la production locale qui permettra non seulement de faire baisser les prix, de hausser le niveau des revenus de nos producteurs, mais aussi et surtout de pouvoir exporter les excédents, afin de générer des devises. C’est cette accumulation de devises qui permettront au pays de soutenir sa monnaie.   

Au lieu  distribuer l’argent à tour de bras dans des secteurs non productifs, l’Etat ferait mieux de mettre ses efforts sur l’investissement dans l’appareil de production pour permettre au moins d’assurer les bases pour l’autosuffisance alimentaire.

Voilà ce qui est à faire et non de chercher à fixer des prix ou des cours, sachant pertinemment que cela est voué à l’échec.

Décidément, à l’instar de autres gouvernements précédents, le CNDD et son Président ne savent toujours pas comment mettre les bases d’un développement harmonieux et durable pour le pays.

C’est vraiment dommage !

Mamadou BARRY,
Analyste Financier, mamadoubiro 'at' yahoo.fr +224 60-59-75-32








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