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Abdourahmane Koyinville, un président de Crd pas comme les autres « Chez nous à Koyin, nous avons l’eau au robinet tous les jours ».
20-09-09 13:35
Il y a: 353 days


AUTEUR : MARC SARAH



M. Abdourahmane Koyin-ville Baldé est le président de la Crd de Koyin située dans la préfecture de Tougué. Enseignant de son état, il donne des cours au lycée de Koyin. Le 26 mars 2006, il est élu président de la Crd sous la bannière de l’UPR, parti d’opposition. Depuis, il conduit une vaste campagne de changement de mentalités et de promotion des secteurs d’investissement qui commence à donner des résultats.



La vieille capitale provinciale (le Diwal) attire désormais ses ressortissants dispersés à travers le monde qui n’hésitent plus à investir dans les secteurs de l’agriculture, de l’habitat, ainsi que celui de l’adduction d’eau. C’est ce président de CRD qui fait du pragmatisme un moyen de progrès socioéconomique de son bled qui s’est prêté à nos questions à l’occasion de son séjour à Conakry sur invitation du gouvernement, le lundi 31 août 2009. Voici la synthèse de notre entretien.

Le Populaire : Pouvez-vous nous présenter la CRD de Köyin, sa situation, ses districts ?

La Crd de Köyin compte 8 districts pour une population de 16.532 habitants. Elle est limitée par les Crd voisines telles que Kolangui au nord, la commune urbaine au sud, Tangali et Fataco qui nous environnement.

Comment la Crd de Koyin fonctionne-t-elle ?

Notre Crd fonctionne comme toutes les autres. D’abord, il y a eu des élections démocratiques qui ont amené à choisir les conseillers ; puis, il y a eu les élections communautaires tout dernièrement. Comme structure, la Crd de Köyin comprend un président, un vice-président et un trésorier. Ce sont eux qui constituent le Bureau exécutif de la Crd. Maintenant, on vient de nous envoyer un receveur et un Secrétaire communautaire qui constituent eux, le personnel de la Crd.

Quel est l’engagement de la Crd de Köyin dans le processus de la transition, pour une transition apaisée et réussie ?

Vous savez, il n’est pas facile de se prononcer ou de se déterminer de façon réelle pour le moment. Seulement, nous, nous avons apprécié vivement les objectifs du Cndd. Pourquoi ? Parce que pendant très longtemps, ce peuple de Guinée a été un peuple martyr méconnu. Nous avons vécu des temps très difficiles ici. Alors, si au jour d’aujourd’hui, ce jeune militaire qui est le capitaine Dadis arrive en tant que sauveur, je pense qu’il appartient au peuple d’adhérer aux programmes du Cndd. Ça, moi, j’en suis convaincu qu’avec lui le pays va connaitre un lendemain meilleur. Ça, il ne faut pas qu’on se le cache. Aujourd’hui, nous avons des leaders et moi-même j’appartiens à un parti politique, parce qu’il n’y a pas de Crd qui n’appartient pas à un parti politique, il faudrait qu’ensemble ils mettent en avant ce qui peut faire avancer le pays. On ne dit pas forcement qu’il faut un Dadis, mais il nous faut un homme capable d’abréger la souffrance de nos populations et de conduire le pays vers un changement véritablement bénéfique à tous ses fils, sans discrimination aucune.

Vous êtes président de la Crd de Koyin. Y-a-t-il eu des actions que la Crd a eu à réaliser pour sortir ses habitants de l’ornière ?

Oui, beaucoup même. Au niveau de cette Crd qui a été installée en mars 2006, on a pu construire une villa de 12 chambres pour les hôtes, équipée de lits avec une clôture de 160 m sur 100. Donc, c’est une villa entièrement équipée et clôturée. Nous avons aussi procédé à l’adduction d’eau potable pour la localité. Ce n’est pas comme à Conakry ici. Chez nous là-bas, nous avons l’eau à la pompe et tous les jours. Grâce à nos fonds propres et l’appui de certains de nos ressortissants, surtout le nommé Elhadj Alhassane Sy qui se trouve à Dubaï, qui nous apporte un appui considérable dans le développement socioéconomique de notre Crd.

Deuxièmement, nous avons construit le siège de la Crd qui est sans égal en République de Guinée. Il comprend 7 bureaux de travail, une salle de conférence et une salle d’attente. Nous l’avons carrelé de l’intérieur comme de l’extérieur avec une cour fermée. Tout le bâtiment est donc couvert de carreaux si bien que quand vous arrivez, à distance, c’est la blancheur qui vous éblouit le visage, M.. le journaliste. Actuellement ce qui nous manque, c’est l’équipement de ces bureaux. Là, nous tendons la main à toutes les bonnes volontés, les ressortissants comme les résidants, l’administration centrale, les Ong et tous ceux qui pourraient nous venir en aide pour équiper notre Crd que nous entendons inaugurer très prochainement avec faste.

Troisièmement, nous avons tiré le canal d’une marre de 265 hectares qui n’avait pas été cultivée pendant le régime de Lansana Conté. Cette marre a été aménagée et cultivée depuis 1954. Depuis son aménagement en 1954, elle a été cultivée jusqu’à la mort de Ahmed Sékou Touré. Mais avec la divagation des animaux et le manque de suivi pendant le régime de Conté, on n’a pas eu à cultiver dans ce domaine. Cela, parce que les animaux étaient incontrôlés. Maintenant, nous avons institué une loi avec vigueur et rigueur. Au jour d’aujourd’hui, si vous arrivez à cette marre, ça fait la fierté de notre communauté. On ne dira pas qu’on ne va pas acheter le riz importé, mais ce sera encore très réduit. C’est dire qu’à Koyin, on lutte intelligemment pour arriver à l’autosuffisance alimentaire.

Quatrièmement, nous avons reboisé plus de 60 hectares, grâce au concours de l’Organisation pour mise en valeur du fleuve sénégal (Omvs) qui nous a appuyés et le Comité national de lutte contre le Sida (Cnls) nous a donné des fonds pour la lutte contre le Sida. A ce niveau, nous avons organisé des séances d’informations et de sensibilisation. Je suis allé personnellement dans les centres de santé et les villages pour faire la sensibilisation. Et au jour d’aujourd’hui, les résultats que nous donnent les médecins concernant l’état des personnes vivant avec le Vih, les séropositifs dans notre collectivité nous donne la force d’espérer. C’est déjà un acquis et nous allons continuer là-dessus.

A l’heure actuelle, nous avons négocié avec l’Ong Föten Golèn-Guinè qui nous a déposé près de 24 tracteurs. Nous avons déjà, par la grâce de Dieu, une plaine de 11 mille hectares que nous avons mis à la disposition de cette Ong et les différents groupements de notre collectivité. Nous avons donc plus de 17 groupements pour l’exploitation de la plaine, du point de vue cultures maraichères, de riz et beaucoup d’autres produits. A côté de cette Ong, nous avons reçu des amis de l’Italie qui sont venus avec 2 tracteurs et tout l’équipement qui sert pour l’agriculture.

Je reviens un peu à l’Ong Föten Golèn-Guinè, parce que là, il y a des batteuses et ils vont transformer les feuilles de quinquéliba qui constitue une richesse potentielle chez nous ici. Ils vont transformer ces feuilles en thé que nous allons vendre sur le marché mondial. Je leur ai donné quelque chose de 500 hectares de ces terres sèches pour la fonio-culture qu’ils entendent cultiver et mettre sur le marché mondial. C’est dire que dès octobre prochain, la Crd de Köyin sera un point incontournable dans le développement et l’emploi des jeunes.

Enfin, nous avons beaucoup de choses en perspectives et si Dieu le veut bien, avec le concours de l’Etat et des autres, nous aboutirons dans quelques années à l’autosuffisance alimentaire. L’année dernière, nous avions une organisation pour la culture de la pomme de terre. Nous avons travaillé avec la fédération des paysans de Guinée. Nous avions investi pour 5 tonnes et nous avons récolté plus de 30 tonnes de pomme de terre.. C’était un premier essai, mais cette fois-ci nous allons partir, non seulement avec les groupements mais aussi avec l’Ong Föten Golèn-Guinè et les Européens qui sont venus avec certains de nos parents de Labé. Et nous allons travailler ensemble..

Vous venez d’énumérer pas mal de projets d’autosuffisance alimentaire et de développement de la Collectivité de Köyin. Quel appel lancez-vous au gouvernement et aux Ong pour soutenir vos actions ?

Nous lançons un appel pressant à l’Etat, surtout aux propriétaires de grands moyens pour nous apporter des intrants agricoles aux paysans ainsi que des semences. Quand je prends la zone du Fouta, c’est une zone d’élevage et d’agriculture. Si les domaines ne sont pas clôturés, ça ne sera pas une chose facile. Si on donne des grillages à la population guinéenne, des intrants, de la semence et des outils agricoles, je suis sûr que nous allons relever le défi de l’autosuffisance alimentaire. Nous sommes une population à 80% dans le paysannat, il n’y a pas de raison qu’on soit affamé. Simplement parce que l’encadrement politique et technique manquent. Et nous demandons que ce gouvernement-là s’atèle à ça. Parce que personne au monde, devant n’importe quel économiste du monde, on ne peut pas parler de développement sans passer par l’agriculture. Donc, il faut nécessairement et absolument que l’Etat veuille encadrer la paysannerie, si nous voulons nous développer.

Propos recueillis par Marc Sarah








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